Bâle : depuis quand la présence juive est constante ?


18 nov. 2021

Le plus vieux document connu mentionnant une communauté juive de l’actuelle Suisse date de 1213 et permet d’identifier à Bâle une des plus grandes communautés juives d’Europe de l’époque, constituée de Juifs venant d’Allemagne ou de France

Une transaction digne d’intérêt se trouve dans un document de prêt de 1223. L’évêque Heinrich de Bâle transfère temporairement le trésor de la cathédrale aux Juifs de Bâle afin d’obtenir un prêt. Il utilise cet argent pour financer la construction du Mittlere Rheinbrücke, l’un des premiers ponts sur le Rhin de la région, qui jouera un rôle décisif dans le développement du commerce à Bâle. Il y avait à l’époque un péage de 30 marks d’argent pour les mules, les chevaux et la marchandise traversant le pont que l’évêque transférera dans sa propre poche jusqu’à ce qu’il puisse régler sa dette.

Le rituel de placer des trésors chrétiens et des objets religieux en garantie d’un prêt auprès de prêteurs juifs était assez courant, mais dangereux pour les Juifs, ce qui répandait un sentiment anti-juif.

Durant le Moyen Age, comme dans de nombreuses autres villes de la région, la situation des juifs varia entre accueil, persécutions et expulsions, selon le pouvoir en place.

Avec la propagation de la peste noire au XIVe siècle, des pogroms contre les Juifs sont déclenchés par des rumeurs d’empoisonnement de puits. Déjà à Noël 1348, avant que la peste n’ait atteint Bâle, le cimetière juif est détruit et un certain nombre de Juifs décident ainsi de fuir la ville. En janvier 1349, l’évêque de Strasbourg et les représentants des villes de Strasbourg, Fribourg et Bâle se réunissent afin de coordonner leur politique face à la vague croissante d’attaques contre les Juifs de la région.

Dans la vague des grandes expulsions qui se déroulèrent entre la fin du 14e et la fin du 15e, les juifs bâlois furent expulsés en 1397. Cette fois, la disparition de la communauté juive est 400 ans, puisque la communauté juive moderne de Bâle n’aura été établie qu’en 1805.

Avec la Révolution française qui accorde aux Juifs l’égalité des droits en 1791 et la proclamation de la République helvétique en 1798, les Juifs bénéficient de l’égalité juridique – au moins sur papier. En réalité, les Juifs reçoivent les droits des Français établis au lieu de la citoyenneté suisse. Après la dissolution de la République helvétique, les nouvelles mesures sont annulées et ce n’est qu’en 1872 que les Juifs obtiennent la pleine citoyenneté à Bâle. Les sources citent entre 10 et 35 familles juives vivant à Bâle à cette époque.

Après l’annexion de l’Alsace par les Allemands en 1871, de nombreux Juifs alsaciens décident de s’installer à Bâle. D’autres nouveaux arrivants viennent du sud de l’Allemagne , où les Juifs étaient autorisés à s’installer depuis le 17e siècle. Pour accueillir la communauté croissante, la Grande Synagogue est agrandie en 1892.

Parmi les nombreux Juifs qui émigrent d’Alsace est la famille du jeune Alfred Dreyfus, victime de « l’affaire Dreyfus ». La haine et l’antisémitisme manifestés dans le scandale qui entoure son humiliation publique amplifient les appels de la population pour créer un État juif.

« À Bâle, j’ai créé l’État juif », écrivit Theodor Herzl dans son journal, après la tenue du premier congrès sioniste, du 29 au 31 août 1897. Neuf autres congrès se tiendront à Bâle. Une rue à son nom et une plaque dans le casino rappellent aujourd’hui les origines bâloises de l’aventure sioniste.

En 1900, la population juive de Bâle compte environ 1900 personnes. L’arrivée des réfugiés juifs fuyant l’Allemagne nazie à partir de 1933 augmente ce nombre à 3000. Après 1938, les passeports juifs sont marqués d’un « J » rouge, ce qui permet de les identifier et de les rejeter plus facilement à la frontière.

La synagogue inaugurée en 1868, est l’œuvre de l’architecte Hermann Gauss, qui prit comme modèle celle de Stuttgart, de style néo-byzantin, mauresque et roman. Vingt ans plus tard, elle fut agrandie et une seconde coupole ajoutée. Lors de la rénovation en 1947, on décida de recouvrir d’un gris uniforme les murs vivement colorés de la synagogue. Ce gris correspondait mieux à l’époque austère et au goût local.

Quarante ans plus tard, les couleurs de jadis ont ressuscité dans l’édifice refait. Le style oriental a été néanmoins atténué, en modernisant les motifs. À l’intérieur, le jaune beige domine, avec des décorations bleues et rouges. Une multitude d’étoiles dorées se détachent de la coupole. Les façades polychromes sont en rouge et blanc.

Le seul musée juif de Suisse se trouve à Bâle. Sa collection reflète le patrimoine juif de la région, comme des livres en hébreu imprimés à Bâle, des pierres tombales, des documents sur l’histoire des juifs et sur les congrès sionistes.

En 1973, la communauté Israélite de Bâle (Israelitische Gemeinde Basel- IGB) devient la première communauté juive de Suisse à être reconnue dans le droit public, lui conférant le même statut que les églises nationales.

En 1998, l’université créé le Zentrum für Jüdische Studien, un centre d’études juives.

Aujourd’hui, Bâle abrite des familles juives libérales et conservatrices. Il existe également une communauté orthodoxe, la société religieuse Israelite de Bâle (Israelitische Religionsgesellschaft Basel), qui s’est séparé de l’IGB en 1927. En 2004, les Juifs libéraux fondent Migwan. Depuis la fondation de l’État d’Israël en 1948, de nombreux Juifs bâlois ont émigré (Aliya). Le vieillissement de la population et une tendance générale à la laïcité contribuent au déclin de la population juive de Bâle. Alors qu’il y avait encore environ 2000 Juifs à Bâle en 1980, leur nombre a chuté à 1218 en 2004 et à un peu plus de 1100 en 2009.

En 2012 fut ouverte la première synagogue depuis 83 ans. Elle fait partie du Centre Juif Chabad Feldinger. Le centre communautaire abrite également le restaurant casher Topas.

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