Madrid cherche les descendants de 5 200 Juifs sauvés par le « Schindler espagnol »


17 oct. 2021


Les autorités espagnoles diffusent actuellement la liste des noms de juifs hongrois qui avaient été protégés des nazis par un diplomate dont le surnom est devenu «Schindler espagnole » – une initiative sans précédent visant à retrouver leurs proches et à faire connaître leur histoire.


Ángel Sanz Briz avait été reconnu comme Juste parmi les nations par Yad Vashem, le mémorial de la Shoah israélien, en 1996, pour son utilisation d’une manœuvre légale ingénieuse qui lui avait permis d’empêcher la déportation à Auschwitz de plus de 5 200 Juifs en 1944.


Mais même si cette initiative avait sauvé plus de cinq fois le nombre de Juifs secourus par Oskar Schindler, son histoire reste bien moins connue – en partie parce que le régime espagnol de Franco, fortement anti-israélien, qui avait gouverné l’Espagne de 1939 à 1975, l’avait empêché d’accepter l’hommage rendu par Yad Vashem.


Aujourd’hui, le Centro Sefarad-Israel — institution culturelle séfarade qui fait partie du ministère espagnol des Affaires étrangères – œuvre à changer cela. Avec le soutien des archives gouvernementales de l’Espagne, le groupe publie les noms des personnes qui avaient bénéficié de la protection offerte par le diplomate, ainsi que des détails à leur sujet, avec pour objectif de retrouver leurs descendants et de faire connaître leur histoire.


Entre juin et décembre 1944, Sanz Briz, qui était alors un jeune diplomate espagnol de 32 ans stationné en Hongrie, avait délivré de faux passeports pour des milliers de Juifs. Même si la communauté juive de Hongrie était très largement ashkénaze, Sanz Briz et ses aides avaient accordé la citoyenneté espagnole à des Juifs hongrois en se basant sur une loi de 1924 de leur pays d’origine – une législation qui avait expiré depuis longtemps – accordant la citoyenneté espagnole aux descendants des Juifs séfarades qui avaient été expulsés d’Espagne en 1492.

Sanz Briz avait fait tout son possible pour s’assurer que des centaines de familles hongroises bénéficieraient de la protection de l’Espagne. Alors que les nazis se rapprochaient des Juifs de la ville, le diplomate avait loué onze immeubles d’appartement pour accueillir approximativement 5 000 personnes. Il avait placé le drapeau espagnol sur les bâtiments, les faisant passer comme propriétés officielles de la légation espagnole, garantissant que les autorités ne les saisiraient pas. Il avait aussi caché des familles dans l’ambassade de Buda.



La carte diplomatique d’Ángel Sanz Briz émise en 1942. (Crédit : Centro Serafad-Israel/ via JTA)


« Pour lui, le principe d’humanité prévalait sur le principe de légalité », a commenté dans un entretien récent accordé au quotidien espagnol El PaísMiguel de Lucas, directeur du Centro Sefarad-Israel.

La diffusion des documents est un tournant historique pour l’Espagne dans la mesure où c’est la première fois que les archives générales de l’Administration mettent à la disposition du public des dossiers diplomatiques ainsi que les rapports officiels sur la situation des prisonniers des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale.

En plus de la liste des Juifs sauvés, les archives de l’Administration générale ont diffusé un rapport écrit par les Juifs slovaques Alfred Wetzler et Rudolf Vrba, deux fugitifs d’Auschwitz qui s’étaient échappés en date du 7 avril 1944 après presque deux ans d’emprisonnement. Le rapport, qui avait été transmis à Sanz Briz puis envoyé à Madrid, comprend un plan du camp de concentration. Il devait devenir l’un des éléments de preuve les plus significatifs lors du procès de Nuremberg.

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Sanz Briz avait repris sa carrière diplomatique. Après avoir quitté son poste en Hongrie en 1960, il avait été nommé ambassadeur au Guatemala. En 1962, il avait été désigné consul-général à New York. Il devait ensuite devenir ambassadeur d’Espagne au Saint-siège et il s’était éteint alors qu’il était diplomate à Rome, le 11 juin 1980.

La Hongrie, dont les Juifs avaient été aidés par Sanz Briz, lui a rendu hommage dans le passé. Ainsi, il avait reçu l’Ordre du mérite de la république de Hongrie en 1994 et, en 2015, une rue de Budapest a commencé à porter son nom.

Le Centro Sefarad-Israel a mis en place une adresse mail pour toute personne reconnaissant son nom ou celui d’un membre de sa famille sur la liste de Sanz Briz.

Lire sur le site : https://fr.timesofisrael.com/madrid-cherche-les-descendants-de-5-200-juifs-sauves-par-le-schindler-espagnol/

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